« L’étendue de l’intelligence apparait chez la personne qui pose les questions les plus fines, les plus pertinentes et les plus inusitées. »
Mariam Hassaoui
Introduction
Les sciences humaines telles que nous les connaissons sont relativement récentes, elles se sont développées au cours des deux derniers siècles. Avec elles a été formée une méthodologie qui fait le lien entre la connaissance et l’expérience. Dans la section qui suit, nous ferons un survol historique des sciences humaines.
Les sciences humaines/sociales se sont développées sur le modèle des sciences pures qui dominait au XIXe siècle. On observe ce modèle dans les mathématiques de Descartes notamment. Au début, les sciences sociales sont apparues en réaction à la logique, à la philosophie et à la religion, qui postulait que le « vrai savoir », « la vérité » nous vient de Dieu.
Les méthodes non scientifiques
| L’intuition | Les croyances populaires et traditionnelles | L’autorité |
|---|---|---|
On accède à la connaissance, au savoir, en se fiant spontanément à ses perceptions immédiates, sans trop faire d’analyse et de réflexion. Une première idée vient à l’esprit et parait suffisante (c’est un processus mental fort simple). |
L’accès aux savoirs repose ici sur les évidences, ou le gros bon sens, ou le sens commun, bref sur ce que les gens, en général, ont fourni comme explication à des phénomènes, et ce depuis fort longtemps. |
La connaissance se transmet par des structures (la religion, l’école, l’État) qui exercent un contrôle social, religieux, économique ou politique important et auquel consentent les individus. Autrement dit, c’est la version moins enfantine de « Mon père dit que… » |
Exemples : La femme enceinte qui est certaine de porter un garçon; l’observation de la surface de la Terre autour de soi qui laisse croire qu’elle est plate (au Moyen Âge), etc. |
Exemples : Des superstitions qui ont valeur d’explication, comme la chance ou le malheur associé à des signes (passer sous une échelle) ou des chiffres (13), la croyance que les femmes sont inférieures aux hommes, que la masturbation rend sourd. |
Exemple : Pouvoir religieux |
Les méthodes non scientifiques
Pendant très longtemps, les méthodes de travail n’avaient pas de caractère scientifique. C’est-à-dire qu’il n’y avait de mise à l’épreuve des connaissances. La base de validation était de nature surtout philosophique, sans confrontation à la réalité des phénomènes.
Dans cette section, nous ferons un survol historique. Nous commencerons avant l’émergence de la pensée scientifique et irons jusqu’à la formation d’une posture scientifique. Par ailleurs, il sera question de la démarche méthodique nécessaire pour réaliser un travail de niveau universitaire ou une recherche en sciences sociales.
L’Antiquité : 1500 à 2000 ans av. J.-C. jusqu’au 5e siècle de notre ère
- La pensée scientifique apparait d’abord chez les Grecs (l’esprit philosophique, la logique et les mathématiques).
- Les Gréco-romains sont attirés par les sciences naturelles pour servir l’agriculture et l’élevage.
- Les mathématiques, quant à elles, seront au service de la physique, de l’architecture et des machines de guerre.
Le Moyen Âge : du 5e au 15e siècle
La préoccupation majeure du Moyen Âge sera de trouver une cohérence entre la philosophie et la théologie. C’est ce qu’on nomme la période aristotélicienne. Pendant mille ans, sous l’influence d’Aristote, tout s’explique par Dieu et la loi divine. Douter de ces explications revient à douter de Dieu. Par ailleurs, les premiers individus à remettre en question certaines explications, physiques notamment, ont été persécutés, emprisonnés et, dans certains cas, tués. Les techniques étaient artisanales. Les explications de nombreux phénomènes relevaient de la croyance, de la superstition ou de la magie.
L’émergence de la pensée scientifique : la Renaissance, du 16e au 18e siècle
De cette période émerge beaucoup de savoir. On assiste à des découvertes qui ont révolutionné le cours de l’histoire. Voici quelques exemples :
Francis Bacon (1561-1626)
Ses réflexions marquent une rupture avec le passé, mais surtout préparent l’avenir. Il désacralise l’idée de nature en affirmant que la chaleur du soleil est la même que la chaleur d’un four; « la peur de porter atteinte à l’œuvre du Créateur n’a plus de raison d’être ».
Mais pour connaître la nature, la pensée ne suffit pas. Il faut unir la raison à l’expérience. Pour Bacon, « la science véritable est la science des causes ». Il s’oppose à la logique aristotélicienne qui établit un lien entre les principes généraux et les faits particuliers : pour lui, la logique se borne à exposer des découvertes déjà existantes et ne fait pas de vérification.
Ainsi préconise-t-il de soumettre la nature à l’expérience par une investigation au ras du sol et de tirer de l’expérience une « induction ». Précurseur de la pensée moderne, il a dégagé la science de la théologie.
À partir du 16e siècle
À partir du 16e siècle, les découvertes se multiplient dans tous les domaines :
Galileo Galilée (1564-1642)
Galilée défendait l’héliocentrisme,théorie selon laquelle le soleil est le centre de l’univers et la terre tourne autour de lui. Ce qui allait à l’encontre du géocentrisme que l’Église défendait. Selon ce dernier modèle, au contraire, la terre est au centre de l’univers et le soleil tourne autour d’elle. Galilée rejette les principes et proclame l’expérience. Il remet alors en question le fonctionnement du système solaire : le soleil est le centre de l’univers, la terre bouge et n’est pas le centre du monde. Galilée fut condamné par l’Inquisition pour cela.René Descartes (1596-1650)
Il insiste sur les valeurs des mathématiques pour leur certitude et l’évidence de leur démarche. Il cherche à concilier l’univers quantitatif et la perception du qualitatif.Blaise Pascal (1623-1662)
Il insiste sur la valeur des expériences et la nécessité de distinguer divers aspects de la preuve.Isaac Newton (1642-1727)
Il ferme le 17e siècle et ouvre le 18e avec sa théorie de la lumière
À partir du 17e siècle
À partir du 17e siècle, les choses commencent à bouger.
Il commence à y avoir du mouvement, notamment grâce aux commerçants. Par exemple, on importe de plus en plus de produits de l’Orient et de l’Afrique (épices, soie, tissus, parfums).
Tranquillement, le monde commence à s’ouvrir à l’extérieur. Parallèlement, on fait une découverte fondamentale et qui va changer le cours de l’histoire, la machine à vapeur (James Watt en 1777).
Cette invention entraîne la croissance de la productivité, augmente le contact avec les autres peuples et augmente aussi les richesses matérielles. Elle fait partie des facteurs qui ont favorisé la révolution industrielle.
À ce moment apparaissent de nouvelles interrogations : on remet en question les explications d’autorité, intuitives et religieuses.
Le Siècle des Lumières : le 18e siècle
Le nom donné à ce siècle décrit le mouvement des idées de l’époque, sous l’influence des philosophes. Ceux-ci :
- mettent de l’avant les idées de progrès et de liberté,
- questionnent les fondements de la religion (anticléricalisme), qu’ils présentaient souvent comme de la superstition,
- cherchent par les sciences et le raisonnement à comprendre le monde (les découvertes sont de plus en plus nombreuses).
Au fond, l’expression « Siècle des Lumières » reflète le désir des philosophes de se démarquer de ce qu’ils voyaient comme l’obscurantisme du passé.
La connaissance scientifique
C’est au 17e siècle (après qu’on se soit lassé de courir après les sorcières), que se développe et se confirme l’usage d’une méthode dite scientifique…
Qu’est-ce que la science?
C’est un ensemble de connaissances et de recherches, ayant un degré suffisant d’unité et de généralité, et susceptibles d’amener les hommes qui s’y consacrent à des conclusions concordantes qui résultent ni des conventions arbitraires, ni de goûts ou intérêts individuels qui leur sont communs, mais de relations objectives que l’on découvre graduellement, et que l’on confirme par des méthodes de vérification (Ferréol et Noreck, 2007, p. 57).
L’ensemble des activités orientées vers la production de connaissances requiert de la personne chercheuse qu’elle emprunte une démarche scientifique, qu’elle ait suivi une méthode reconnue et acceptée par la science.
Qu’est-ce que la recherche scientifique?
C’est une activité qui consiste à produire une connaissance objective du monde par l’observation systématique des faits et des évènements. Il faut donc s’éloigner des croyances, intuitions et a priori. Les connaissances scientifiques doivent toujours pouvoir être remises en cause.
Mais pourquoi produire des connaissances, dans quel but? Pour comprendre la réalité de la façon la plus rationnelle et objective possible. La science permet de comprendre objectivement ce qui nous entoure.
La méthode d’acquisition des connaissances est appelée la méthode scientifique.
La méthode scientifique
Toute recherche implique des règles à suivre.
- Des faits à observer, des règles et des techniques à appliquer.
- Des hypothèses qui doivent remplir certaines conditions.
- Une expérimentation qui suit des méthodes d’investigation.
Voici les caractéristiques de la méthode scientifique :
- La méthode scientifique repose sur la règle de la preuve plutôt que sur la foi.
- La preuve est produite par une confrontation entre l’expérimentation et le raisonnement.
- C’est aussi une attitude. La science procède d’un regard large et distant, de la façon la plus objective possible.
- C’est une démarche structurée, une méthodologie.
Qu’est-ce qui caractérise les sciences humaines?
Les sciences humaines s’intéressent aux phénomènes humains, c’est-à-dire à la connaissance et à la compréhension de l’être humain (individus, groupes, collectivités), de la signification de ses actes (comportements, attitudes, valeurs, croyances), de son milieu (culture, environnement, organisation). Les domaines sont : la psychologie, la sociologie, l’économie, la sexologie, l’anthropologie, l’histoire, la géographie humaine, etc. En autant que leur objet soit l’humain et les relations humaines.
Les sciences humaines se distinguent donc des « sciences de la nature » qui ont comme objet d’étude les phénomènes propres à la nature, par exemple : la gravitation, l’accélération, la pesanteur (physique), les molécules (chimie), le fonctionnement d’un organe (biologie), la sédimentation (géologie), etc.
Ces phénomènes sont dits « naturels » car ils existent ou se produisent sans l’intervention humaine (Gauthier, 2009, p. 131-134).
Contrairement à un rocher ou à un arbre (du moins jusqu’à preuve du contraire!) l’humain est capable de réfléchir et de changer d’idées. Cela fait de lui un objet unique.
Les sciences humaines ont donc pour objet le sujet humain, sa subjectivité. Elles consistent à analyser la subjectivité humaine de manière objective.
Qu’est-ce que la recherche scientifique en sciences humaines?
- C’est un processus, une activité d’acquisition des connaissances objectives et rationnelles.
- C’est une attitude : il faut appréhender la réalité basée sur une acceptation intégrale des faits. Que cela nous plaise ou non.
- C’est une obligation de douter : on remet en question les conclusions et explications.
- Elle vise à mieux connaitre la réalité, à approfondir nos connaissances sur ce qui existe.
- La recherche scientifique a des contraintes : la première est l’état présent des connaissances.
- La recherche scientifique repose sur le postulat qu’il existe une explication rationnelle à tout phénomène : on prend une distance avec les explications religieuses, magiques ou mystiques.